Une inspiration débridée

Par Françoise de Céligny UNIVERS DES ARTS N 136, Novembre 2008
 

La mine à la fois désabusée et cocasse des personnages de Saré nous laisse parfois rêveurs, parfois inquiets. Il règne en effet dans ses œuvres une ambiance étrange entre songe et réalité qui peut dérouter et séduire dans le même temps.

Le grotesque des attitudes et visages rappelle certaines caricatures datant du Moyen Age ou la fantaisie des illustrations ornant les contes et légendes de notre enfance. Le style atypique de Saré nous transporte dans u univers ludique où la raison semble perdre la bataille au profit d’une poésie savoureuse. C’est ainsi que des petites vieilles ailées se trimballent à califourchon sur des dindes, s’habillent comme des petites filles sages ou se coiffent de chapeaux extravagants. Le regard mélancolique, un peu absent, elles se tiennent bien droites dans leurs vêtements raffinés, ravissants avec leurs mains et leurs pieds délicats. L’on devine la jubilation créative de l’artiste qui a présidé à leurs existences picturales, au travers de leurs attitudes pittoresques.

Peu à peu, on se familiarise avec les activités insolites de ces créatures singulières qui évoluent sous nos yeux, décrivant une population ambiguë, qui pourtant nous fait nous souvenir de personnes bien réelles faisant partie de nos connaissances… Saré a créé une esthétique où le lyrisme côtoie le baroque en toute complicité avec pour médium une pointe d’humour bienvenue. Dans ses peintures, le sérieux se mêle avec bonheur au sourire avec pour toile de fond une inquiétude latente. Avec sa petite folie douce, l’artiste raconte les tensions et les joies d’une humanité parallèle qui comportent des ressemblances frappantes avec la nôtre.
 

Née en Arménie, Saré vit et travail à Paris depuis 1991. Elle a acquis la nationalité française et expose régulièrement. Son parcours en dehors des modes et des courants contemporains, témoigne d’un caractère authentique et indépendant. Loin de vouloir séduire ou céder à l’actualité, Saré travaille, laissant libre cours à ces inspirations débridées, et cela, pou notre plus grand plaisir.